"Notre projet d’entreprise long terme nous a permis de choisir nos combats"
Une beauté naturelle préserve-t-elle forcément l’environnement ? L’entreprise qui commercialise ces produits est-elle de fait dans une démarche RSE ? Quelle peut être la place de l’engagement d’une entreprise dans un monde de business ? Et quelle communication mettre en place pour informer ses clients ?
En toute transparence, Elodie Dorfiac, responsable relations presse et communication institutionnelle d’Yves Rocher répond à nos questions…
VedaCom : Travailler avec le végétal signifie-t-il pour Yves Rocher la nécessité de s’engager dans une démarche développement durable ?
Elodie Dorfiac : Historiquement depuis 50 ans, le naturel, c’est notre fond de commerce. Mais la vision du fondateur Yves Rocher : « Nous avons un devoir suprême vis-à-vis de nos enfants, de nos petits-enfants, des générations futures, de leur laisser une terre comme celle que nous avons reçue", nous a permis de nous engager sur la voie du développement durable très rapidement. Cela se traduit par une gestion durable de nos approvisionnements, un partage équitable des ressources naturelles ou la préservation de la biodiversité par exemple.
VedaCom : Comment gérez-vous cela sur la partie approvisionnement ?
Elodie Dorfiac : Notre réflexion porte le bio et le renouvellement des ressources. Yves Rocher se soumet et soumet ses fournisseurs à une Charte plantes très rigoureuse : refus des ingrédients végétaux OGM, choix privilégié de plantes cultivées, choix privilégié des parties renouvelables de la plante sauvage : feuilles, fleurs, graines, refus d’utiliser les espèces végétales menacées (en accord avec les recommandations de la CITES – Convention sur le Commerce International des Espèces de la faune et de la flore menacées d’extinction), priorité dans les achats aux filières issues de l’Agriculture Biologique. A La Gacilly, Yves Rocher cultive 44 hectares de champs certifiés Agriculture Biologique, ce qui correspond à 1/3 des matières premières sèches.
VedaCom : Et coté discours pour la planète ?
Elodie Dorfiac : En 1991, Jacques Rocher a créé une direction du développement durable. Son but ? Lancer une pétition afin de sensibiliser à Rio et à la destruction des forêts. Nous étions l’une des 4 entreprises françaises à participer au Sommet de la Terre. Depuis, notre projet d’entreprise long terme nous a permis de choisir nos combats. Avec la fondation Yves Rocher pour la protection de la nature en 1991, le lancement des éco-recharges à partir de 1993, la suppression des sacs plastiques en 2006. Cet engagement a été reconnu par le Ministère de l’Ecologie en 1996, qui a attribué au groupe le trophée Entreprises Environnement.
VedaCom : Comment voyez-vous la RSE des entreprises ?
Elodie Dorfiac : Il existe, ce que j’appellerai, un filet de sécurité en termes de développement durable : l’éco-conception produits, le management environnemental, l’optimisation du transport, la communication responsable etc. C’est le minimum requis… sur lequel nous ne communiquons pas forcément car cela fait simplement partie de notre responsabilité de marque.
VedaCom : Pourquoi ? Ce n’est pas assez sexy ?
Elodie Dorfiac : Pas seulement, nous considérons que c’est normal d’être engagé dans ce type de démarches et en plus, il est difficile d’en définir le bénéfice individuel, qui est l’axe principal de notre communication.
VedaCom : Sur quelle démarche communiquez-vous ?
Elodie Dorfiac : Principalement sur un engagement d’entreprise différenciant : le combat pour la biodiversité. Yves Rocher a une longueur d’avance du fait de notre modèle unique : récoltant, fabricant, distributeur. Nos sites bretons sont considérés comme des refuges LPO (Ligue protectrice des animaux). Nous organisons des journées de sensibilisation à la faune et à la flore auprès de nos salariés comme des visiteurs de nos sites (tourisme industriel avec plus de 50 000 visiteurs par an, visiteurs de l’éco-hôtel spa), expliquons la biodiversité de nos mares, l’importance des nichoirs installés, des arbres morts… Nous travaillons pour étendre cette réflexion à nos sites rennais et parisien.
VedaCom : Est-ce pour vous un sujet plus proche de vos clients ?
Elodie Dorfiac : Clairement oui, car cette thématique fait appel à la vie quotidienne. Mais au-delà d’un sujet de com, nous avons choisi de parler de notre politique en faveur de la biodiversité : ici, en l’occurrence à la Gacilly où est basé notre coeur industriel, dans nos filières plantes et donc dans nos produits, et dans le monde entier via l’opération « Plantons pour la planète » par laquelle la marque s’est engagée à planter 50 millions d’arbres en 5 ans.
VedaCom : Vous avez lancé ce projet pour les 50 ans d’Yves Rocher. Ou en êtes-vous actuellement ?
Elodie Dorfiac : A fin 1010, nous aurons planté 14 millions d’arbres sur 15 spots dans monde entier dont l’Inde, le Brésil, le Sénégal, l’Ethiopie… En juin 2007 à Nairobi, Jacques Rocher, Président de la Fondation Yves Rocher – Institut de France a rencontré Wangari Maathaï, Prix Nobel de la paix 2004 et marraine de l’opération «Plantons pour la Planète : campagne pour un milliard d’arbres» du PNUE. Il s’est engagé alors à planter 1 million d’arbres avant la fin 2009. La mobilisation des clients et des partenaires autour de ce projet a été un tel succès qu’au début de 2010, déjà 7 millions d’arbres ont été plantés. 50 millions en 5 ans poursuit l’action lancée à l’occasion des 50 ans.
Vedacom : Comment choisissez-vous les spots ? Est-ce lié à votre filière plantes ?
Elodie Dorfiac : La démarche n’est pas liée au business. Le choix des endroits découlent de rencontres avec des ONG spécialiste de la reforestation, de l’UICN pour varier la biodiversité selon les besoins au plus près de chaque problématique.
VedaCom : Comment parler de votre engagement sans submerger vos clients d’informations ?
Elodie Dorfiac : Nous avons retravaillé sur les valeurs de la marque. Nos magasins vieillissaient, nos ex et nos non-clientes portaient un jugement très dur sur la marque. Yves Rocher était perçu avant tout comme un distributeur. Nous avons cherché à remettre du sens, à développer un concept fort, à rendre la marque plus désirable.
VedaCom : Cela se concrétise comment ?
Elodie Dorfiac : L’exemple du nouveau concept magasin, l’Atelier de la Cosmétique Végétale, est une jolie illustration du bon équilibre entre communication commerciale / communication corporate et responsable, tant pour ses partis-pris créatifs que pour son développement écologique. Nos clientes entrent maintenant dans un magasin à taille humaine, chez un fabricant. Une étude menée avec la société Opus Light nous a permis de choisir les matériels les moins consommateurs d’énergie et les emplacements de lumière destinés à réduire les consommations d’énergie. Les matériaux rappellent l’univers de la montagne, les serres avec leurs pots, les champs de fleurs deviennent des visuels de fond. Nous avons également réduit de 30% des éléments de PLV imprimés (vitrines, leaflets, chevalets d’information…).
VedaCom : Où en êtes-vous du déploiement ? Le rythme a-t-il été ralenti par la crise ?
Elodie Dorfiac : Fin 2010, 40% du parc sera renouvelé. Suite à cette transformation, nous constatons +12% du CA au m2 par rapport à la moyenne de la chaîne elle-même en croissance, donc nous continuons bien sûr. 100% du parc sera renouvelé à la fin 2013.
VedaCom : Au-delà du magasin, la transformation se poursuit-elle dans les équipes ?
Elodie Dorfiac : Nos collaborateurs sont les 1ers ambassadeurs de la marque, ils sont formés de 3 à 6 semaines sur l’Atelier et les valeurs de marque.
VedaCom : Comment voient-ils cette transformation ?
Elodie Dorfiac : Ils sont très fiers. Cette transformation rend les collaborateurs plus militants, avec une meilleure connaissance des produits. Pour les 50 ans de la marque, nous avons organisé une fête début juillet. Nous avons arrêté les usines, les cadres parisiens sont venus en Bretagne à coté des ouvriers. Nos 3500 collaborateurs français étaient présents. L’opération « Plantons pour la planète » était le fil vert de la journée. Depuis, nous avons récolté des prix aussi bien pour des nouveautés produits, que pour notre relation clients ou nos publicités. Leur fierté s’est encore accrue, leur travail est reconnu. Leur sentiment d’attachement à la marque avoisine les 98 %.
VedaCom : merci madame Dorfiac.
A propos d’Yves Rocher
Créateur de la COSMETIQUE VEGETALE® Yves Rocher s’engage depuis 50 ans à rendre la beauté accessible à toutes les femmes. Accessibilité économique, géographique, services offerts sans distinction d’âge, de classe sociale ou de lieu d’habitation. Au-delà des produits, c’est un état d’esprit. Et si elles sont aujourd’hui 30 millions dans 80 pays à lui faire confiance, c’est parce qu’Yves Rocher a toujours fait de la proximité avec ses clientes une priorité. Chaque femme est unique et Yves Rocher s’engage à lui offrir des conseils et des services sur mesure et à nouer avec elle une relation directe, personnalisée et privilégiée. Sans intermédiaire, la beauté est plus proche.
Solange Hémery-Jauffret














