Julien Villière – Imprimerie Villière

« Imprimer naturellement au lieu de laisser une trace sur l’environnement »

Au cours des 20 dernières années, l’industrie papetière a réduit de 80% ses rejets dans l’eau et de 30% sa consommation totale d’énergies*. Des chiffres bien loin des idées reçues. Comment l’industrie papetière et plus spécifiquement les imprimeurs participent au développement durable ? Explications avec Julien Villière de l’Imprimerie Villière.

Portrait Julien Villière Imprimerie Villière

Julien Villière

VedaCom : Bonjour Julien, le secteur de l’imprimerie a longtemps souffert d’une image de pollueur, comment certains imprimeurs parviennent-ils à inverser cette tendance ?

Julien Villière : Il a fallu imaginer une nouvelle façon de produire basée sur le choix d’alternatives vertes (machines, outils, matières premières…), le traitement et la valorisation des déchets, mais aussi sur la façon de concevoir un document et sur les méthodes de travail. Ce travail s’est amorcé en France avec la création par la CCI de la marque Imprim’Vert.

VedaCom : Qu’est-ce qu’Imprim’Vert ?

Julien Villière : Le statut Imprim’Vert atteste que l’imprimeur n’utilise pas de produits toxiques, stocke les produits et déchets dangereux et organise leur collecte et traitement via des filières spécialisées. Facteur déclenchant d’une politique environnementale plus large, l’obtention de cette marque nous a entrainé beaucoup plus loin dans notre engagement. C’est ainsi que nous avons créé une charte éco-responsable en 5 points : réduire notre impact environnemental, promouvoir les alternatives vertes, maintenir une tarification équitable, développer une communication claire et encourager les comportements responsables. Il s’agit là d’un véritable fil conducteur qui guide nos actions et nos investissements depuis des années.

VedaCom : Comment cela se traduit-il ?

Julien Villière : C’est une démarche globale qui nous a par exemple poussés à choisir une CTP (computer to plate) sans chimie. Cet appareil utilisé pour la fabrication des plaques offset nous permet d’économiser par an 2000 litres de produits chimiques, fixateur et révélateur, et 6200 litres d’eau. Ces produits sont remplacés par de la gomme arabique, une ressource naturelle. Un autre projet d’envergure a été de réaliser notre Bilan Carbone, étape clé pour calculer les émissions de gaz à effet de serre générées par une activité. Les résultats obtenus nous ont permis de mettre en place un plan de réduction, en fonction des postes les plus émetteurs. Mais avant toute chose et pour que notre démarche soit cohérente, il faut agir à la source auprès du client, le conseiller et l’orienter vers des solutions d’impression respectueuses de l’environnement.

VedaCom : Justement, comment cela se passe t-il du coté des agences et des annonceurs ?

Julien Villière : Les agences sont de plus en plus intéressées par notre démarche du fait de la demande croissante des clients concernant l’aspect éthique et environnemental, ou plus simplement du fait de leur aspiration personnelle. Notre Bilan Carbone a mis en évidence la part importante du choix du support quant à l’impact carbone. Pour faire du papier, il faut de la fibre vierge issue de l’abattage des arbres, une ressource naturelle mais qui n’est pas inépuisable. La déforestation est un problème contre lequel nous voulons lutter, c’est pourquoi nous proposons du papier recyclé dont la fabrication émet beaucoup moins de co2. Un papier est dit recyclé s’il est fabriqué à partir d’au moins 50% de fibres de cellulose issues de la récupération des déchets de papier et de carton. Les vieux papiers (post-consumer) sont collectés, déchiquetés, filtrés et repulpés. Pour éviter l’effet jauni du papier recyclé, il peut être blanchi. Cette opération est aujourd’hui possible sans utiliser de chlore et réglementée par des normes : TCF "Totally Chlorine Free" et ECF "Elementary Chlorine Free". Ces procédés d’éclaircissement de la pâte à papier permettent un rejet des eaux usées vierges en dioxines. Les papetiers contribuent eux aussi à améliorer notre travail en faveur de l’environnement.

VedaCom : Existe-t-il d’autres papiers à privilégier ?

Julien Villière : Oui. La part imputable à la matière première (papier) étant la plus importante dans notre Bilan Carbone, nous avons entrepris les démarches nécessaires pour décrocher la certification FSC. Après une mise aux normes et un audit, l’imprimerie Villière a été certifiée et peut désormais proposer un papier issu de la gestion responsable des forêts. Ce label international FSC – très reconnu- assure la traçabilité et garantit que les fibres proviennent de forêts dont la gestion prend en compte la biodiversité et le droit des populations locales. Il existe également le papier PEFC créé à l’initiative de propriétaires forestiers, mais il ne garantie pas encore la préservation de la biodiversité et des peuples autochtones.

Mais l’on peut pousser plus loin le raisonnement, au-delà du choix du papier, en développant des produits d’édition éco-conçus.

VedaCom : Justement, quels conseils d’éco-conception pourrais-tu nous donner ?

Julien Villière : Le choix du format, les couleurs avec leurs aplats, le papier, le grammage, les finitions, la quantité… toutes les caractéristiques du support influenceront l’empreinte écologique finale. Alors concevez vos supports en fonction de leur durée de vie : un papier épais et solide pour un catalogue, plus consulté qu’un flyer, par exemple. Ou privilégiez un support léger et facilement biodégradable pour une opération promotion temporaire (flyers, affiches…). Et dans tous les cas, optimisez votre processus de conditionnement en évitant le sur-emballage : privilégiez les conditionnements cartons aux emballages plastiques.

VedaCom : On entend de plus en plus parler des encres végétales. Quels sont leurs atouts ?

Julien Villière : A l’imprimerie, nous utilisons les encres végétales que nous avons choisi du fait de leur intensité élevée, ce qui réduit la quantité nécessaire. Comme toutes les encres végétales, elles sont plus facilement biodégradables que des encres d’origines minérales (à base d’hydrocarbures pétroliers à point d’ébullition élevé) et permettent une réduction des COV (composés organiques volatiles).

VedaCom : Quelle est leur composition?

Julien Villière : La formule précise des encres végétales est tenue secrète par les fabricants pour protéger leur savoir-faire. Mais pour avoir enquêté sur le sujet, nous avons dire qu’une grande partie des encres végétales contiennent de l’huile de palme, un produit qui entre dans la fabrication à hauteur de 30 à 70%.

VedaCom : De l’huile de palme ? L’utilisation d’encres d’impression est-elle encadrée d’un point de vue environnemental ?

Julien Villière : La gamme que nous utilisons permet aux imprimeurs de respecter les réglementations. Pourtant, nous considérons que la mention « imprimée avec des encres végétales » relève plus de l’argument marketing que d’un réel intérêt. Quand on connait les ravages des plantations de palmiers sur l’environnement et la biodiversité (utilisation d’engrais chimiques, d’herbicides, de fongicides, d’insecticides, de régulateurs de croissance, irrigation intensive, sélection génétique, OGM…), l’intérêt environnemental devient tout de suite moins flagrant.

VedaCom : Et concernant l’usage de vernis sur les imprimés ?

Julien Villière : On peut arriver à faire de très beaux produits sans vernis, en choisissant d’autres finitions : découpe spécifique, gaufrage… Nous proposons des alternatives, mais c’est parfois inévitable quand le choix du client est arrêté. Il faut savoir qu’il existe aujourd’hui des vernis à l’eau que nous privilégions à l’imprimerie aux vernis UV ou au pelliculage.

VedaCom : Vos imprimés sont compensés carbone, qu’est-ce que cela signifie ?
Julien Villière : Quand on fait un Bilan Carbone, on calcule ses émissions de CO2. Quand on met en place un plan d’action, avec par exemple la certification FSC, c’est pour réduire cet impact. Mais il reste des émissions incompressibles, et même si nous essayons jour après jour de les réduire, elles sont là. Compenser carbone une impression revient à financer un projet de réduction via une autre activité. Nous avons sélectionné un projet au Bénin qui vise à installer des cuiseurs à bois économes dans une région qui souffre de la déforestation. On réduit ailleurs l’équivalent de l’empreinte carbone générée ici : c’est le principe de globalité.

VedaCom : Twitter, Facebook, éco-blog … Vous utilisez tous les réseaux sociaux pour faire connaître l’impression responsable.

Julien Villière : En agissant en tant qu’ imprimerie éco-citoyenne, nous souhaitons inspirer et encourager les communicants à faire des choix éco-responsables. Via l’éco-blog, nous proposons également des solutions à mettre en pratique dans la vie courante, comme un calendrier des fruits et légumes de saison à télécharger. Nous écrivons pour faire prendre conscience à un large public que les choix de chacun ont des conséquences pour tous, et qu’en adoptant de nouvelles habitudes de vie et de consommation, on peut faire changer les choses, ensemble et à grande échelle.

VedaCom : Merci Julien.

Chiffres clés

60 litres d’eau sont utilisés pour obtenir 1kg de papier non-recyclé (pour extraire la cellulose du bois) / On économise environ 90% de cette eau en produisant du papier recyclé.

Jusqu’à 5 000 kWh d’énergie sont nécessaires pour sécher 1 tonne de papier / On en consomme moitié moins avec du papier recyclé.

A propos de l’Imprimerie Villière

Imprimerie écologique offset et numérique, l’imprimerie Villière s’est implantée en Haute-Savoie (74) il y a 25 ans. En obtenant le statut Imprim’Vert en 1998 et en créant sa propre charte éco-responsable, l’entreprise a marqué très tôt son attachement à l’environnement. Dans la continuité de son engagement, elle a réalisé un Bilan Carbone pour calculer les émissions de gaz à effet de serre générées par son activité. Le label FSC lui a été accordé pour imprimer sur un papier issu de la gestion responsable des forêts. Après avoir ouvert un blog pour sensibiliser le grand public, elle propose depuis Février 2010 une impression 100% compensée carbone pour l’intégrale de sa production : une première en France.

* source : AFDPE

Solange Hémery-Jauffret

6 réponses à Julien Villière – Imprimerie Villière

  1. Ping: Acteurs du DD # 6 – Julien Villière – Imprimerie Villière « VedaCom, l'agence des entreprises durables

  2. Ping: Acteurs du DD #7 : Nicole Dabin, responsable qualité et RSE d’ADP « VedaCom, l'agence des entreprises durables

  3. Ping: Acteurs du DD # 8 – François Fatoux « VedaCom | Et si votre communication devenait responsable ?

  4. RIPOSTE VERTE dit :

    Concernant le papier responsable, l’étude PAP 50 (disponible ici en pdf : http://www.riposteverte.com/observatoire/pap50.php ), vient de livrer ses résultats.

    Ils concernent 50 grands groupes français à qui Riposte Verte et ses partenaires d’étude rappellent qu’en tant qu’importants utilisateurs de papier, ils doivent mettre en place une politique papier responsable, pilier d’une politique RSE, pour diminuer les impacts de ce secteur sur l’environnement.

    Durablement,

    Cyril Hergott
    Directeur du développement

    -

  5. Gorden dit :

    Ils concernent 50 grands groupes français à qui Riposte Verte et ses partenaires d’étude rappellent qu’en tant qu’importants utilisateurs de papier, ils doivent mettre en place une politique papier responsable, pilier d’une politique RSE, pour diminuer les impacts de ce secteur sur l’environnement.
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