Arrêter un projet…Pas clean ! Je viens pourtant de le faire.

Être responsable peut-il être synonyme de plantage de dossier?

Allez, encore un article qui dénonce certaines pratiques d’agence.  J’ai arrêté un projet avant son terme et je le revendique.

Mais démarrons par le commencement…

Il y a quelques mois, j’ai répondu à un tweet pour prendre en charge une partie de la rédaction d’un site. Gros annonceur dans l’énergie (donc une problématique sensible), des rubriques sur l’environnement et l’éthique, une équipe de pro en matière de RSE pour les autres rubriques, une agence qui s’est positionnée très tôt sur l’écrit web… Bon, en général, je me positionne davantage sur la stratégie éditoriale que la rédac mais pourquoi pas, le projet s’annonce bien.

De plus, ce dossier répond à deux de mes critères:

  • il a une date de fin liée à un événement extérieur à l’agence (l’Assemblée générale en l’occurrence),
  • je peux le gérer sur avril et mai.

Bien sûr, vous vous en doutez, cela n’a pas duré…

1er choc : le bon de commande. 9 jours seulement pour rédiger 23 pages du futur site. Et à un prix fixe : 450 €HT la journée. Ouf, c’est pas lourd en termes de temps et de budget. Mais, bon, projet intéressant… Je le prends quand même.

Arrive le brief. Reco éditoriale de plus de 100 pages, charte SR (secrétariat de rédaction), des docs Word et PowerPoint pour les différentes pages, fiche de rédaction complexe… L’agence sait exactement ce qu’elle veut (enfin, je le croyais). Je prends du temps pour saisir toutes les subtilités mais après, cela devrait rouler.

Je commence à récupérer les contenus pour travailler. 6 jours à lire plus de 50 documents disparates (se baser sur de l’ancien pour actualiser un site, curieux, non ?), les dernières publications de l’annonceur… Aucune interview n’est prévue sur des thématiques aussi sensibles, je m’interroge. Bon, rapide calcul : 6 jours sur les 9 du forfait, il me reste 3 jours pour écrire 23 fiches. Là, cela se corse… sérieusement.

Début de la rédaction et premiers changements. Sur le fichier prédéfini de rédac, l’agence a « oublié » de m’indiquer qu’il faut ajouter de nouvelles lignes à remplir : mots-clés, description de la page, suggestions de visuel avec les balises alt, et des pushs (lancement), bien sûr, vers des pages internes et externes du site… Euh ! Je botte un peu en touche et je me concentre sur ma rédac. Je tique de nouveau sur la rédaction. J’écris des textes sans connaître les éléments de langage de l’annonceur sur chaque thématique, sans savoir ce qu’il pense des textes du site existant, sans que soit déterminé les éléments à valoriser dans chaque fiche… bref sans brief précis. Je repose la question des interviews. Pas prévues dans le process avec l’annonceur… les méthodes éditoriales de cette agence m’étonnent.

Une semaine après, j’apprends que le projet est décalé. Le futur site ne doit plus sortir pour l’AG mais au 4e trimestre 2012. L’agence considère que c’est une chance : cela aurait été super juste pour tout sortir à temps. Au regard de mon emploi du temps,  je sais déjà que de mon côté, cela va être chaud. Juin, juillet et septembre sont des mois très chargés.

Je finis dans les temps mon 1er lot de 15 pages. Youpi !!! Sauf que l’AG est passée. De nouvelles publications sont sorties. Il faut tout reprendre pour vérifier si il n’y a pas de nouvelles infos à intégrer dans les pages du site. Allez, haut les coeurs… projet intéressant, projet intéressant…

Mon lot part en validation à l’agence. Au bout de 15 jours, il revient annoté dans le mode corrections apparentes. J’ai 4 jours pour intégrer les nombreuses remarques. Appel aux autres rédacteurs. Aucun texte ne convient à l’agence. L’agence est déçue, tellement déçue qu’elle exige que nous fassions les mots-clés, descriptions, entre 8 à 10 pushs par fiche et autres pour compenser… Je bosse jours et nuits pour tenir le délai. Et j’y arrive. Trop fière.

Un deuxième relecteur relit les textes, modifie ce qu’a demandé le premier (sic!). Ultimes correc. Mon lot part enfin chez l’annonceur. Bilan : près de 20 jours sur ce dossier. Les autres rédacteurs sont dans la même situation : on tente une négo. Sans succès, l’agence est tellement déçue.

Et j’ai encore un second lot à sortir… Il m’enchante beaucoup moins ce dossier. Mais quand je m’engage…

Allez, j’attaque le second lot. J’ai quelques soucis avec l’arborescence proposée, on me demande de continuer, ce problème d’arbo revient, je dois modifier ce que j’ai commencé. 1 page est ajoutée. Je déglutis. Tout commence à sérieusement m’énerver. Je remplis machinalement ma fiche de temps passé. Je ne veux plus regarder le total des heures sur ce dossier. Première relecture faite par 2 relecteurs de l’agence. Ils sont contents, j’ai proposé de vrais partis pris. Ah!!! Qu’est-ce que cela peut cacher ???? J’ouvre les fichiers. Les rédacteurs se parlent via les commentaires… Je n’arrive plus à les lire tellement les textes sont barriolés. Je n’avais jamais vu cela (j’étais pourtant éditrice conseil chez Havas pendant 8 ans, alors, des textes pour des magazines, des sites et des plaquettes, j’en ai vu un certain nombre…). Et il faut encore ajouter une nouvelle page. Je pose le dossier loin sur mon bureau. J’avance sur un autre dossier. J’hésite à le reprendre, mais je veux le finir… au plus vite.

Je passe de nouveau 7 jours à intégrer les modifs. J’en peux plus. Mes autres dossiers deviennent de + en + urgents. Je n’ai pas envie de planter mes clients récurrents. Je reprends ma fiche sur le temps passé : 40 jours !!!!!!!! Et je n’ai même pas eu le retour de l’annonceur. Mais comment peut-il être bon… Je n’ose même plus parler de l’écoute des parties prenantes dans des textes basés sur des docs internes et des publications externes. Aucun contact pendant ces 4 mois avec l’annonceur, alors imaginez les parties prenantes de cet annonceur dans le secteur Ô combien sensible de l’énergie…

Mon téléphone sonne. Mon plus gros client vient de me choisir pour un dossier à réaliser cet été. Je raccroche. Je reçois un mail : je viens de remporter un appel d’offre pour valoriser des structures de l’ESS en Essonne, je démarre sur ce projet en septembre… Je dois faire un choix.

Je pose tous les éléments, je prépare le bilan financier du dossier.

  • J’ai reçu un acompte de 50 % (OK par erreur).
  • Pour 10 jours facturés (avec les 2 fiches, une journée a été ajoutée mais je n’ai pas reçu le bon de commande), j’ai passé 40 jours. Le prix de ma journée est donc passée de 450 €HT à 112,50 €HT. Si je continue, ce tarif va encore diminuer.
  • Je devais rédiger certaines fiches en 2 heures (avec les validations de l’annonceur), j’y ai passé plus de 4 jours sans le retour du client final.
  • Et si on compte en feuillet (les tarifs des rédacteurs sont calculés au feuillet normalement, un feuillet comprend 1500 signes), c’est encore pire. Mes 25 fiches comportent en moyenne 6 feuillets, le feuillet est donc compté 30 €HT (alors que normalement un feuillet s’achète aux alentours de 150 €HT).

Sur les autres points, je ne suis pas non plus contente :

  • de la démarche mise en place,
  • du résultat des textes (suite aux différents ajouts, je ne les reconnais plus, ils ne correspondent plus à ce que je peux attendre d’un site web),
  • de la façon dont cela se passe avec l’agence.

Très clairement, je ne souhaite pas être associée à ce projet qui ne dénote pas une démarche de communication responsable.

OK, aucun point positif ne vient relever le bilan financier. C’est bon, là, j’arrête. J’envoie un mail expliquant ma décision. J’avoue que je ne comprends pas comment je me suis retrouvée dans un bazar pareil. C’est la première fois que j’arrête un dossier avant son terme.

Epilogue : 15 jours après ma décision, l’agence m’a recontacté en me demandant de reprendre le boulot et d’être solidaire des autres acteurs impliqués dans ce dossier. Car, bien sûr, tout est de la faute du client. J’ai refusé.

Et vous, ce type de mésaventure vous est-il déjà arrivé ? Qu’avez-vous fait ? Et qu’auriez-vous fait à ma place ?

 
P.-S. – Une petite pensée pour ceux qui sont encore sur le projet… 
P. P.-S. – Je n’attaque pas les agence en général, bien sûr. J’ai encore dit cet après-midi tout le bien que je pensais d’une agence responsable 😉 Je vise une agence précise pour ses pratiques. Très bien rodées.

4 Comments »

  1. Merci Solange Hémery-Jauffret pour cette communication « chargée de sens »,
    à la fois haute en couleur et formidablement ancrée dans le réel …
    Un édifiant exemple de pratique professionnelle précieuse pour nombre de consultants à la peine !

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  2. Solange,
    Mis à part UNE agence Web dont les fondateurs étaient indépendants avant de se constituer en société (et qui connaissaient donc les contraintes du travail en solo), je n’ai jamais eu de bons rapports avec les agences qui m’employaient en sous traitance. J’ai décidé d’arrêter de travailler avec elles en 2002, deux ans après m’être installée à mon compte. La seule fois où j’ai récidivé, en 2005, j’ai mis 9 mois pour être payée d’un boulot qui valait trois fois plus que ce que j’avais facturé. Dans ta position, je n’aurais jamais accepté de travailler sur un tel projet sans rencontrer le client. Tant pis pour le job, tant pis pour moi, mais tant mieux pour mes clients réguliers et fidèles !

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    • Je travaille très peu avec des agences et c’est tout de même ma pire expérience. Je n’ai pas posé de questions au début tellement cela me paraissait aller de soi. En effet, je ne travaille jamais sans être en lien direct avec le terrain. Je ne m’interdis pas de bosser avec des agences, seulement maintenant je les choisis mieux, en me limitant à une liste d’agences que je juge responsables et je pose davantage de questions avant d’accepter un boulot 😉

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